L’impact des médias et de la publicité
Le thème principal était l'impact que nous avons en tant qu'écosystème, les défis à relever pour maintenir cet impact, mais surtout les opportunités pour augmenter encore cet impact.
« L'impact de la publicité est souvent interprété de manière beaucoup trop restrictive, ce qui ne rend pas justice au secteur. » Parmi les nombreux messages et idées exprimés lors de la deuxième édition du State of the Union du CIM et du Conseil de la Publicité, cette phrase de Geert Noels, Founder, Group CEO et Chief Economist d'Econopolis, a été la plus révélatrice.
Econopolis, via sa filiale Ortelius, a étudié l’impact direct et indirect de notre secteur. Selon Geert Noels et son équipe, l’impact direct se chiffre chaque année à 4,1 milliards d’euros, un montant considérable qui reflète la créativité et l’esprit d’innovation des acteurs.
Ces 4,1 milliards englobent non seulement les chiffres d'affaires des médias, mais aussi ceux des maisons de production, des agences de communication, de relations publiques et des agences média, instituts d’études de marché et autres acteurs du secteur.
Un impact total de 15,1 milliards d’euros
"La publicité fournit les fonds indispensables au maintien de notre production locale de contenus et d’informations riche et variée", explique Geert Noels. "Mais son impact indirect est encore plus important. La diffusion d’informations des médias rend les consommateurs informés, et la publicité stimule la concurrence, ce qui profite à tous. Cela entraîne une croissance économique qui améliore la visibilité et la réputation de notre pays, attire de nouveaux marchés d’exportation, encourage les investissements étrangers et séduit tant les touristes que les talents."
Geert Noels souligne également la valeur inestimable que représente l’information pour la préservation de la démocratie. Sur le plan sociétal, les médias favorisent en outre le community building, en réunissant des groupes de personnes partageant des intérêts et visions de vie similaires.
Selon les chercheurs, cela signifie que l'impact direct et indirect de la publicité s'élèverait au total à 15,1 milliards d'euros par an, soit 2,8 % du produit intérieur brut (PIB) belge. Un chiffre qui cadrait parfaitement avec le décor de ce deuxième State of the Union, une salle prestigieuse située dans le bâtiment de la Monnaie, au cœur de Bruxelles...
Chiffres 2024
Cet impact considérable ne signifie toutefois pas que le secteur ne soit pas confronté à des défis majeurs. Ce n'est pas un hasard si ceux-ci ont été abordés un à un lors des autres sessions du State of the Union et lors du débat final.
Geert Noels a lui-même ouvert la discussion. Il constate plusieurs changements majeurs dans le domaine de la consommation de médias. « Nous assistons à la poursuite de la transition de l’offline vers le digital, ce qui permet aux géants du numérique de capter une part croissante des revenus publicitaires. Et nous voyons aussi apparaître des innovations qui font disparaître les frontières traditionnelles entre les secteurs. Prenons l’exemple de KBC, qui est bien plus qu’une banque. Elle vend également des tickets de bus pour De Lijn ou des places de cinéma. »
"The best way for governments to support advertising and media is to allow self-regulation instead of adding more restrictive rules."
Marc Frederix
Président du Conseil de la Publicité
Une incitation fiscale pour le local ?
En résumé, ce sont surtout les géants du numérique qui perturbent l’écosystème. L’une des questions essentielles pour le secteur est donc d’assurer des conditions de concurrence équitables entre acteurs locaux et plateformes internationales. Marc Frederix, Président du Conseil de la Publicité, a insisté sur la dimension fiscale : « À la suite de la “digitaxe” prévue dans l’accord de gouvernement fédéral, qui vise à imposer les grandes entreprises technologiques sur les revenus publicitaires générés en Belgique, nous demandons, en tant que Conseil de la Publicité, l’instauration d’un incitant fiscal pour encourager les annonceurs à investir leurs budges auprès des acteurs locaux. Cela pourrait par exemple prendre la forme d’une déduction fiscale sur l’impôt fédéral des sociétés. »
Priorité à l’autorégulation
En outre, un appel a également été lancé lors du State of the Union en favuer de la complémentarité entre réglementation et autorégulation. "Ce secteur a une tradition d’autorégulation, et cela doit rester le fondement”, a souligné Stefan Lameire, Président du CIM. "Nous plaidons donc aussi pour une co-création, plus précisément autour des fameux “codes of conduct” prévus par l’European Media Freedom Act. Le CIM dispose de l’expertise nécessaire pour relier des exigences pointues en matière de mesure d’audience à des règles claires qui garantissent la transparence du marché et la comparabilité et la vérifiabilité des résultats."
Marc Frederix a ajouté : « Il faut veiller en effet dans le cadre de la législation à ce que les règles soient élaborées avec les experts. C’est la seule garantie de leur applicabilité. » Et de préciser, au nom de tout le secteur : « Nous demandons qu’aucune contrainte supplémentaire ne nous soit imposée et que la priorité soit donnée à l’autorégulation. C’est un instrument clé pour une publicité éthique, durable et responsable, offrant une protection plus rapide et plus flexible que de nouvelles lois. La complexité de la réglemenation en Belgique pénalise la publicité, surtout les acteurs locaux. Nous plaidons donc pour une harmonisation des règles et la fin du ‘goldplating’. Les décrets médiatiques flamand et francophone doivent être alignés sur la réglementation européenne : une révision s’impose. »
"Proving the power of local creativity."
Petra De Roos
CEO ACC
La création comme superpouvoir
Petra De Roos, CEO de l’ACC, a mis en lumière une autre facette de l’aspect local : la créativité. « Le local doit primer sur l’international. », affirme-t-elle. « Des études montrent que les consommateurs préfèrent les marques locales, ainsi que les contenus locaux. Les premiers éléments issus d’une étude encore en cours, sont encourageants et indiquent même que les créations locales sont plus efficaces que les internationales. Il faut donc veiller à conserver des équipes créatives solides en Belgique. Un argument pourrait être : notre pays, multilingue et multiculturel, mais de taille encore maîtrisable, est un “marché test” particulièrement pertinent. »
Elle conclut : « La création reste notre superpouvoir. Outre l’exposition médiatique, ce sont les assets créatifs qui créent de la valeur ajoutée pour les marques. Et leur importance ne fait que croître à l’ère de l’IA : l’IA génère tellement de contenu supplémentaire qu’il devient de plus en plus difficile de se démarquer. »
"Article 24 of the EMFA marks the first-ever European initiative to regulate audience measurement — a major step for our industry."
Koenraad Deridder
Directeur général CIM
L'importance de l'innovation
Deux autres mots clés sont également ressortis des présentations et des débats comme autant d’ opportunités : collaboration et innovation. Ce dernier élément est par exemple le fil rouge de CIM ONE, la nouvelle approche du CIM qui mesurera la consommation de médias sur différentes plateformes.
Koenraad Deridder, Directeur général du CIM, a fait le point sur la situation. Il en ressort que CIM ONE a connu de nombreuses évolutions depuis le dernier State of the Union. Grâce au panel CrossMedia et à l'ajout d'un routeur dans le panel TV, la consommation médiatique est désormais mesurée de manière beaucoup plus précise, avec plus de 3.800 plateformes. Toutes ces données sont intégrées dans le cadre CIM ONE et rapportées dans une population virtuelle, créant ainsi un LMM (Large Media Model) qui pourra alimenter, à partir de début 2027, les outils des membres du CIM via une API.
Un autre exemple - concret - d'innovation et de collaboration est venu du CIM. À partir de 2026, une nouvelle approche sera mise en place pour l’Horodatage du CIM , le système de codage des programmes TV et des publicités. Ce système existe depuis longtemps et est nécessaire pour pouvoir relier le comportement des téléspectateurs au contenu approprié.
« Le nouveau contrat sera confié à GfK et NeuroMedia, qui ont opté ensemble pour une approche améliorée par l'IA afin de rendre le codage encore plus efficace », explique Koenraad Deridder.
"There has never been a better time to build local brands."
Luc Suykens
CEO UBA
L’innovation dans la collaboration
Luc Suykens, CEO de l'UBA, est également convaincu de l'importance de l'innovation, mais sous un autre angle. « Pour garantir une croissance durable des entreprises et la prospérité sociale, il est essentiel de conserver des marques fortes et saines », affirme-t-il. « L'innovation est le principal moteur de cette croissance et la publicité est le principal mécanisme qui garantit la mise sur le marché effective de cette innovation. »
Marc Frederix fait le lien entre innovation et collaboration à l'aide d'un exemple : « Nous devons trouver des moyens de rendre les flux de travail B2B dans l'écosystème publicitaire aussi attrayants que l'automatisation via les grands acteurs technologiques. Il s'agit ici d'innovation. Que faut-il pour aider les médias locaux dans ce « processus d'émancipation » ? Mais il s'agit aussi de collaboration. Nous devrons rechercher un système qui fonctionne pour l'ensemble de l'écosystème local. Ce n'est qu'ainsi qu'il aura un impact suffisant. »
“Le contenu local est une publicité pour nous-mêmes”
Le fait que la coopération soit l'une des grandes opportunités a également été souligné par la ministre flamande des Médias, Cieltje Van Achter, lors d'une intervention vidéo. « Réduisez les obstacles et rendez la coopération évidente », tel était son message clair. Elle a également souligné l'importance d'un bon équilibre entre l'autorégulation et des règles claires, tout comme l'investissement dans le contenu local. « Ce dernier est une publicité pour nous-mêmes », a-t-elle conclu.
Ce deuxième State of the Union a ainsi montré qu’un terrain d’entente existe bel et bien. Acteurs de l’écosystème et pouvoirs publics sont bien conscients des défis et regardent dans la même direction pour y répondre. Reste à transformer ces ambitions en réalité .
State of the Union - Whitebook
L’ensemble des conclusions du deuxième State of the Union a été compilé dans un livre blanc. Téléchargez le livre blanc de l’édition 2025 du State of the Union en cliquant sur le bouton ci-dessous.
Le CIM et le Conseil de la Publicité tiennent à remercier l’ensemble des participants et intervenants pour leur contribution et leur collaboration : Yannick Carriou (Médiamétrie / AMC), Agnès Maqua (AdaStone Law), Marc Frederix (Conseil de la Publicité), Geert Noels (Econopolis), Yanaïka Denoyelle et Kristof Eggermont (Ortelius), Liesbeth Bernaerts (Kinesso), Toon Diependaele (Loterie Nationale), Hugues Rey (Havas Media), Jan De Moor (Bauer Media Outdoor), Thierry Hugot (Rossel), Wim Jansen (DPG Media), Frederik Delaplace (VRT), Jean-Paul Philippot (RTBF), Nathalie L’Hoir (UMA), Petra De Roos (ACC), Luc Suykens (UBA) et Stefan Lameire (CIM).
(Re)découvrez cet événement via les State Clips
Une série de courts extraits vidéo (« State clips ») où des CEO, des experts et des leaders d'opinion expliquent comment les médias, la publicité et la technologie peuvent prospérer ensemble dans un marché en rapide évolution.
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